Italy

Somewhere beyond the sea

Somewhere beyond the sea

"La mer qu’on voit danser, le long des golfes clairs, a des reflets d’argent, la mer, des reflets changeants…" chantait Charles Trenet.

"La mer qu’on voit danser, le long des golfes clairs, a des reflets d’argent, la mer, des reflets changeants…" chantait Charles Trenet.

Original text written in French, English automatic translation available here.

Le son lourd de la corne de brume résonne sur le petit port italien. Il se dissipe dans l’air marin, odeur de sel et promesse de nouveaux horizons.

Sur le quai, les passagers de l’Explorer of the Seas empruntent les uns derrière les autres la petite passerelle, visages levés à s’en tordre le cou, cherchant le haut presque imperceptible du paquebot.

Imposant, immaculé, encore immobile, il invite chacun à quitter la terre ferme, il promet à qui voudra lui accorder sa confiance une semaine hors du temps, hors du sol.

Certains admirent la vue, d’autres se passionnent pour l’ancre que l’on lève.

L’équipage, uniforme blanc et marine, en rang serré, accueille, aiguille et rassure.

Du pont supérieur, le Capitaine observe la valse tant de fois répétée des passagers et de son équipage, se rencontrer, s’apprivoiser, s’émerveiller, et son navire prendre vie.

Il surveille le tableau de bord. La météo sera clémente. Tout a été vérifié au millimètre. Dernier coup d’œil dans ses jumelles. La mer, il la connaît depuis toujours, mais s’émerveille encore cet après-midi du reflet du soleil sur les vagues lointaines. Reflets d’argent, scintillement éternel.

Dans la grande salle de dîner, la table est mise, les verres de cristal sont alignés, les gants blancs repassés.

Le paquebot s’éveille, les couloirs s’éclairent, et trois enfants font leurs premiers pas à bord de cet insubmersible du XIXe siècle...

Dans leurs yeux éblouis, dans leur silence inquisiteur, dans leur petite hésitation... je revois le regard de Rose Dawson, j’entends au fond de moi la mélancolique et si célèbre symphonie des violons qui serre le cœur, ce moment de cinéma qui a bercé mon adolescence. Je me remémore ce “Martine en bateau” aux pages jaunies qui a accompagné mon enfance.

Autour de nous, l’équipage commence à s’affairer, la passerelle se retire, les cordages sont dénoués, nous voilà sur le pont numéro 9, faisant nos adieux à l’Italie d’un grand signe de la main, comme tous les passagers à nos côtés.

Pas de bouteille de champagne brisée, ce n’est pas son premier voyage, mais pour nous il est temps de trinquer à ce cadeau que nous nous offrons après avoir tant sacrifié pendant ces années de carrières et avant les prochains inconforts de l’année à venir. Ensemble nous pourrons repenser à cette parenthèse maritime... and our hearts will go on and on !

Alors doucement, le géant des mers quitte avec grâce le port de Ravenne pour s’engager lentement sur cette étendue bleue, huileuse, douce et infinie. Plus tard, les machines accéléreront la cadence et nous atteindrons notre vitesse de croisière. L’immensité autour de nous. La mer a quelque chose de fascinant. Belle, apaisante, constante et pourtant profonde, habitée de tant de créatures, houleuse, imprévisible. L’eau qui offre la vie et la reprend aussi vite.

Élément indomptable et encore tant inexploré, elle nous rappelle notre infinie petitesse dans ce vaste monde.

L’Adriatique nous portera. Celle dont le bleu passera du turquoise au bleu roi, du marine au presque noir sous l’unique éclairage de la lune qui veille sur nous.

Notre chef de cabine nous donne tout d’abord les consignes de sécurité, puis nous invite à découvrir cette nouvelle “maison de voyage” qu’ils n’avaient pas imaginé connaître un jour. L’Explorer of the Seas est un bijou. Ses ponts immenses, ses ascenseurs de verre comme des billes dans un labyrinthe montent et descendent au rythme des allers et venues de chacun.

Le petit déjeuner sera servi pont 3, pour le dîner une table nous est attribuée pont 5, les piscines et les arcades pont 11 (oui oui, on ne va pas vous cacher la vérité, ce bateau est immense et dispose de tout à bord), la salle de spectacles, la patinoire, la promenade, le casino, les toboggans aquatiques et le mini-golf entre autres.

Ça y est, les enfants comprennent le fonctionnement, les horaires et ce nouveau vocabulaire : cabine, coursive, port side et starboard, pilot ship et tenders, la proue et la poupe. On regarde aussi ensemble l’itinéraire qui nous attend : Kotor, Athènes, Santorin, Zadar. On ne les connaît pas encore. (Étrange d’écrire ce texte maintenant alors que je vous ai déjà raconté chaque étape... ce blog me rendra schizophrène... mais doux plaisir de déjà appeler ces moments nos souvenirs.)

La vie sur le paquebot leur apprendra tellement de choses. Ils deviennent autonomes, à trois dans leur chambre avec un lit sorti du plafond de la cabine.

Ils connaissent maintenant plein de monde et trouvent leur chemin hyper rapidement.

Pour se débrouiller, il faut parler anglais, car à bord, toutes les nationalités se côtoient. L’occasion pour nous de discuter avec des Américains teeellement américains ! Ils nous rappellent nos années en Californie. Bob et Ashley auraient tellement pu être nos boss de l’époque, souvenirs de nos carrières naissantes et de cet accent “from the valley” qui nous revient comme un réflexe dépoussiéré.

Et pour dire “one vanilla ice cream please”, ça switch en anglais rapidos chez les petits mousquetaires, étrangement... Viennent alors les “hello, yes please, thank you sooo much, two towels please” et l’apprentissage se fait tout seul.
Bon, pas si seul car “Arya vient avec moi, je veux pas dire toute seule”.

Nous aurons le privilège de pouvoir visiter la cabine de navigation, découvrir les appareils de mesure, rencontrer le Capitaine et comprendre comment manœuvrer le colosse. Une chance unique, et une complexité qui séduit tout de suite Thibault, qu’on sortira difficilement de la salle.

Tous les jours, ils attendront avec impatience, après chaque excursion, de remonter à bord pour découvrir quel animal en serviette aura été laissé sur leur lit par Nonga, responsable de cabine.

Il leur a promis une chasse au trésor des animaux, avec un animal différent tous les jours alors : “Attends-moiiiii Nooor !! On ouvre la porte ensemble sinon c’est pas juste !! Ouais c’est pas juste !! Moi j’suis sûre que ce sera un lapin aujourd’hui !! Moi je dis une girafe !! Peut-être un chat ?? Ouais peut-être !!” Et à chaque fois qu’ils le croiseront : “thank you sooo much !!”

(cf. photo de la masterpiece petit singe !! Toujours dans les parages celui-là)

Ils se souviendront toujours de Philip, notre maître d’hôtel au dîner, qui les chouchoutera pendant tout le séjour : “Here is a rainbow salad for you my princess!”, la chorégraphie au petit dej pour se laver les mains obligatoirement, “washy wash your hands” sur l’air de APT APT, les courses-poursuites dans les longs couloirs avec Maman derrière qui répète sans cesse : “On ne court paaaas !!!” ... “Ouais mais c’est trop bien de courir dans ces couloirs immenses, en plus la moquette est trop moelleuse !!”, la soirée du capitaine pour laquelle ils apprendront qu’il faut être chic (j’en ai vu deux me voler mon huile pailletée pour l’occasion), regarder comment le navire s’amarre dans chaque port, sentir les vagues faire tanguer le bateau sous nos pieds, le photographe qui ne nous lâchait plus, les soirées à thèmes, les spectacles immanquables dignes de Broadway dans l’immense théâtre glacé par la clim et puis surtout les annonces quotidiennes du chef de l’animation Michael, qui fait son speech en anglais aussi bien qu’en italien, à un débit dépassant l’entendement, et qui termine toujours par ce qui deviendra notre phrase culte : “Ciaaaao ciaaao for nooow !!”

On leur montrera aussi cette ligne ou le bleu du ciel rejoint le bleu de la mer, en leur demandant "et après? c'est la fin du monde et on tombe?" … "Ben non Maman !! après ca continue, la terre est ronde !!" (test validé, ouf ils ne sont pas platistes !)
Et j'entends fredonner la celebre, que vous aurez maintenant dans la tete…

"L’horizon où la mer touche le ciel et m’appeeeeelle
Caaaache un trésooooor que tous ignooooorent"

Et puis ils découvrent un concept propre aux croisières, un concept américain comme tant d’autres. Et il faut bien l’avouer, les concepts américains gagnent vite les cœurs et les mœurs, quoi qu’on en dise, rois de la mondialisation et des “trucs hyper stylés”.

Connaissez-vous donc la “duck mailbox” ? Traduite par mes petits novices de l’anglais en “boîte à canard”.

Un concept fort simple : achetez une duck mailbox (le grand Jeff pourra vous en livrer une en moins de 24 h, pas de doute là-dessus). Choisissez celle qui vous plaira. Choisissez la jaune. Armez-vous de plusieurs canards, les meilleurs étant les mini ducks en plastique vendus en lots de 100 par le même Jeff. Rendez-vous sur un paquebot (car c’est avant tout un concept de croisière, mais applicable ailleurs si vous le souhaitez — chacun est libre hein !). Alors, aimantez votre boîte à canard à la porte magnétique de votre cabine et patientez. Le but est simple, sympa, ludique et assez humain finalement : lorsque vous passez devant la duck mailbox, vous pouvez l’ouvrir et y récupérer un canard, en déposer un, et ainsi de suite. Les croisiéristes aguerris s’échangent entre eux des canards en tout genre, petits clins d’œil, petites collections qui se constituent au fil des voyages, une petite attention, un partage anonyme (ou non) et sans engagement.

Pour nos trois canards, Riri, Fifi et Loulou, c’est encore une découverte : le troc entre adultes, comme on troque les billes à la récré, et le concept du canard les enchante. Nous devons entrer dans la ronde !

Alors tous les soirs nous passons et nous avons eu des canards, nous avons laissé des petits autocollants en échange (pas de canards à offrir, nous n’étions pas préparés alors c’est l’intention qui compte). Et puis, on a réfléchi et on s’est souvenus qu’on savait faire des origamis de canards. Tous les jours, en passant dans notre couloir (car chance de folie, dans notre couloir il y a deux duck mailboxes), ils courent encore pour voir s’ils y trouveront quelque chose : “Aujourd’hui c’est moi qui regarde !! T’avais déjà fait hier toi !!” Et toujours cet éternel : “On ne court paaaaas dans les couloiiiirs !!!”

L’idée nous a tellement plu que nous avons décidé, nous aussi, d’offrir des petits canards, ou d’en laisser sur notre passage lors de notre tour du monde. À ceux qui marqueront nos cœurs, aux endroits qui nous auront émus, aux gens qui auront fait une petite ou une grande différence. Le problème... nous n’avons pas de canards, et Jeff ne livre pas en Turquie, notre prochaine étape. Qu’à cela ne tienne, nous avons notre Leena magique (ma sœur qui vit en Inde et que nous allons rejoindre en octobre). On lui explique le concept, et 24 h plus tard elle nous confirme : les canards sont livrés à sa porte et nous attendent à Bangalore. Alors Jeff ?? Les Indiens t’auraient-ils devancé ?

Le fin mot de l’histoire : traquez nos petits canards, nous n’en laisserons malheureusement pas un dans une pyramide (dommage !! Ça aurait fait rire Khéops), mais il faut le dire... le concept est plutôt cool... je dirais même : “encore une victoire de canard !!”

La croisière continue de s’amuser, et la semaine passera bien trop vite. Les spectacles, les repas gargantuesques, les visites, les rencontres, tout sera trop bien et trop bref.

Et dans tout ce tourbillon, j’entends soudain : “Mais c’est trop génial cette croisière !! C’est le meilleur moment du tour du monde !!” Arrêt sur image, et mon cœur de maman leur souhaite secrètement de répéter cette phrase à chaque étape du voyage.

Car oui, cette croisière est folle, les journées sont merveilleuses et ils décrètent vivre la vie de “Zack et Cody” (si toi aussi tu es de la génération Disney Channel tu sais...) mais elle leur montre aussi l’opulence, l’extravagance, le gaspillage.

Si pour eux c’est un rêve éveillé que nous apprécions autant qu’eux (soyons réalistes), nous sommes aussi conscients de l’impact écologique et de la surconsommation qu’elle implique.

Voir ces petits ports envahis par des mastodontes qui gâchent le paysage, déversent des foules de touristes entassés dans les tenders, puis envoyés à la queue leu-leu voir les spots A, B et C sans réfléchir vraiment; ces files de taxis qui paralysent les villes au rythme des arrivées de MSC, Royal et Costa ; ces restaurateurs locaux qui auront servi un Coca, une bière blonde, mais ne serviront pas le dîner car les bateaux récupèrent leur troupeau avant même que les commerces locaux ne puissent vraiment en profiter.

Business is Business. Il faut reconnaître le génie du système : vendeurs de rêve, hôtels flottants, circuits parfaitement huilés et profit-makers redoutables. Bob et Ashley remettront le couvert, ce sera leur 5e en 3 ans.

Alors, pour ne pas complètement être aspirés dans la spirale du capitalisme, nous avons choisi de marcher, de prendre le bus local, de déjeuner loin des restaurants pour touristes et d’acheter loin de la promenade du bord de mer.

Petite contribution, oui... et que vaut-elle réellement quand on a déjà son billet pour le tour de l’Adriatique ? Peut-être pas grand-chose, mais chacun apportera sa pierre à l’édifice.

Les règles évoluent, les compagnies aussi. Suffisant ? Probablement pas. Mais il faut aussi admettre que les croisières permettent de découvrir plusieurs destinations en moins de temps, qu’elles sont parfois plus simples avec de jeunes enfants ou des personnes âgées, qu’elles créent de l’emploi et génèrent des revenus pour les locaux qui comptent sur ce tourisme malgré tout...

Verre à moitié vide ? À moitié plein ?

C’est aussi ça ce tour du monde : poser les options à plat, voir ce qui nous convient et ce qui ne nous conviendra plus.

Ce beau voyage, nous ne nous en excusons pas. Et cette croisière leur aura beaucoup appris, en leur donnant déjà des points de comparaison : s’ils ont vu le beau, l’illimité et l’extravagant... ils verront aussi bientôt le manque, les difficultés, les déchets, la pauvreté.

Et en grandissant, ils feront leurs choix. Nous les encouragerons et les respecterons, quels qu’ils soient.

Je termine ces lignes sur une terrasse égyptienne mais j’ai eu la chance de les commencer sur le balcon de notre cabine qui, le temps d’une semaine, était devenu l’un de mes plus beaux bureaux.

Car bien ou mal, la mer, elle, était bien présente à mes côtés et me fascine. Depuis toute petite, l’eau a pour moi ce quelque chose d’hypnotisant, d’enivrant.
Profondeur des océans, immensité des abysses, violence des tsunamis, puissance des vagues de Nazaré, beauté indescriptible des eaux turquoise, fracas des cascades, chant d’une fontaine...
Chaleur réconfortante d’une douche de fin de journée, délice de la première gorgée qui étanche la soif, ces eaux qui ont marqué l’Histoire, scenes de batailles navales, icebergs en tout genre, ces fleuves sacrés qui lavent du péché, qui ont vu naître l’Humanité, eau guérisseuse, eau bénite, eau nourricière, eau empoisonnée…

Cette eau qui fera certainement couler mon encre à flots.

Mais trêve de philosophie, notre périple continue, et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel opus de nos aventures rocambolesques... d’ici là, il ne me reste qu’une chose à vous dire...

CIAO CIAO FOR NOW !!!