Greece

Santorin

Santorin

Santorin est une carte postale. Santorin la bleue, la blanche, et le plus gros cliffhanger de l'Histoire.

Santorin est une carte postale. Santorin la bleue, la blanche, et le plus gros cliffhanger de l'Histoire.

Original text written in French, English automatic translation available here.

Disclaimer : Il semblerait qu’il y ait eu un souci avec l’article de Venise, dont la moitié aurait disparu. Je vous invite à y rejeter un œil pour découvrir notre première sortie scolaire à Murano si vous ne l’aviez pas lue — Lien.

Le blog n’est pas encore parfait, mais notre dev lead est sur le coup (Ping Gustavo, je maintiens Thib en forme sur le full-stack dev — Ping Charline : il semblerait que « est-ce qu’on ne pourrait pas rendre ce bouton plus cozy ? » ou « les proportions, c’est pas grave, on fait au feeling tant que c’est un rectangle » soient les pires explications qu’il ait reçues pour coder proprement. Moi, je trouvais ça plutôt clair… tu me donneras les bons tips ;))


Santorin était très attendue. Cette ville-île bleue et blanche, emblématique des vacances en Grèce, d’un coin de paradis, d’un coucher de soleil inimitable.

Et en vrai ? C’est tout pareil. Santorin était au rendez-vous pour nous aussi, et nous mesurons la chance de pouvoir la découvrir en septembre, avec moins de foule.

Santorin, où nous avons passé notre temps à dire : « C’est quand même trop beau !! » « Non mais regarde, c’est trop trop beau !! »

Cliffhanger

Santorin, c’est aussi la légende de l’Atlantide !

Alors, après tous les mythes contés hier, comment ne pas terminer en apothéose avec l’introuvable, la mystérieuse, l’oubliée, la tant convoitée ? Alors celle-ci aussi, je la leur raconterai.

Cette cité, qui n’est réellement rapportée qu’une seule fois par Platon, d’abord dans le Timée, puis dans le Critias, vers 360 av. J.-C., propose la seule version écrite du récit de l’Atlantide.

Et même si Platon pose dans le Timée les jalons de l’histoire et la possible fin de l’Atlantide, évoquant qu’elle disparaîtra « en un seul jour et une seule nuit »… rien n’est moins sûr.

Car ce qui rend l’intrigue encore plus mystérieuse — et l’Atlantide encore plus frustrante, ou peut-être justement plus envoûtante — c’est ce cliffhanger ultime à la fin du Critias.

Platon décrit avec une précision troublante l’Atlantide, ses richesses, ses temples, la vie des Atlantes et les premiers signes de leur déclin. C’est alors que monte la colère de Zeus. Furieux de voir les Atlantes se détourner de leur nature, il réunit les dieux et s’apprête à décider du sort des Atlantes et de leur cité…

Et c’est tout ! Le texte s’arrête là !

Le discours et la sentence de Zeus ne seront jamais retrouvés… pas de fin, pas de verdict !

  • Jamais écrits ? Volontairement, par le génie de Platon, amenant son lecteur au paroxysme de la réflexion philosophique ?

  • Jamais écrits ? Parce que Platon sera parti avant ?

Une chute ouverte, datant de la Grèce antique et ayant traversé les millénaires ? J’adooore !!
Un de ces trous de l’Histoire dans lequel il fait si bon s’engouffrer.

Il n’en reste pas moins que c’est une frustration vieille de 2 500 ans, une énigme non résolue, rattachée à un seul texte. Un récit originel suffisamment souple pour permettre aux générations futures d’y glisser leurs améliorations, anachronismes, fantasmes populaires, hypothèses contemporaines, afin que chaque époque continue de faire grandir et vivre l’Atlantide. Il nous parvient alors aujourd’hui non pas comme un simple conte, mais comme une légende incontournable qui capture en filigrane la frise évolutive de l’imaginaire collectif.

We see you, Platon ;)

Plus probablement faut-il opter pour le choix de Platon de dresser le portrait d’une civilisation utopique qui bascule en dystopie, au point de ne plus se gouverner et de courir à sa propre perte. Certainement en opposition à l’Athènes antique idéalisée, plus austère, plus stricte, mais bien plus vertueuse.

Un air de Babel, d’Icare, de Huxley, d’Orwell, de Golding… Si l’Atlantide n’a peut-être pas existé, elle a nourri depuis différents courants littéraires, à n’en pas douter.

La géopolitique actuelle pourrait, peut-être, elle aussi, relire ses classiques…

Tu peux nous raconter quand même ?

Mythe ou réalité, qu’importe ! Quand il y a une histoire, c’est toujours avec vos grands yeux que vous m’écoutez me perdre une fois de plus dans les détails et la gestuelle (Thib n’en peut plus 😂 mais au fond, il écoute quand même… I see you too !)

L’Atlantide donc. Une cité somptueuse, comme nulle part ailleurs, offerte par Poséidon à Kleito, une mortelle dont il tombe éperdument amoureux.

Une cité construite en cercles concentriques, alternant bandes de terre et de mer, comme une sorte de monde parfait dessiné au compas. Les Atlantes sont beaux, aimants, doux, et portent en eux une part de divin, ainsi que ce cristal puissant qui conférait à l’Atlantide une énergie mystique, surnaturelle, capable de tout.

L’Atlantide est majestueuse, paisible, d’une architecture inégalée. Elle est aussi puissante. Invincible, ou presque.

Des palais, des jardins de paradis, d’immenses colonnes, des temples gigantesques, les matériaux les plus précieux, de l’or, du marbre, de grandes fêtes, des fruits sucrés comme sur l’Olympe, le nectar des dieux qui coule à flots, de petits ponts d’or reliant les cercles de terre — dont Venise se serait inspirée ? — une puissance maritime inégalée, une technologie plus avancée que la nôtre, des vaisseaux ultra-rapides, une médecine capable de prouesses inimaginables… jusqu’au secret de l’immortalité.

Quoi ? Ils avaient même trouvé les traitements du cancer que vous n’avez pas trouvés au bureau, maman ?? Trop injuste !! Elle est un peu nulle cette histoire, si c’est vrai, ils auraient pu tout nous laisser !!

Pas faux, ma Noor pragmatique, qui, même si elle adore écouter, sait désormais parfaitement où s’arrête le mythe et où commence l’Histoire.

Les Atlantes, sous le règne d’Atlas, fils aîné de Poséidon et de Kleito, sont prospères et vivent heureux.

Puis quelque chose se dérègle.

La richesse ne suffit plus. La puissance ne suffit plus. Posséder ne suffit plus. Ils veulent davantage. Toujours davantage.

L’opulence devient démesure. La puissance devient domination. La prospérité devient avidité.

L’orgueil et la soif de pouvoir les pousseront alors à leur perte.

Petit à petit, ils perdent leur part divine, affaiblissent le cristal, se montent les uns contre les autres, attisant la colère de Zeus.

Et alors…

« En une journée et une nuit », l’Atlantide disparaîtra, engloutie par la mer, pour n’être jamais retrouvée.

Depuis, les théories se multiplient et les passionnés, pilleurs et complotistes se succèdent à la recherche de la cité disparue. Elle serait très probablement aux abords de Santorin… sous nos pieds… où des vestiges d’une rare beauté provenant très certainement d’une île ayant succombé à l’éruption volcanique ont été retrouvés.

Mais l’Atlantide pourrait aussi être l’Œil du Sahara, le banc de Spartel, les Açores ou être enfouie sous la glace de l’Antarctique…

Qui sait réellement ? Qui trouvera peut-être un jour l’Atlantide ? Et vous, la chercherez-vous aussi ?

En attendant, peut-être simplement une histoire du soir, pour penser à nous.

Ce qui se passe vraiment à Santorin…

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos ânes de Santorin, qui se promènent sur l’île entre les restaurants.

Encore une fois, le plus drôle à raconter ici, c’est ce qui passe par la tête de ces trois enfants. Comme si, parfois, ils vivaient dans une autre dimension… une galaxie far, far away…

Arrivés au vieux port de Fira, nous allons d’abord rejoindre Oia, la plus belle partie de l’île.

Pour y accéder, nous choisissons le téléphérique plutôt que la montée à pied ou à dos d’âne — les fameux, et à vrai dire malheureux.

C'est donc entourés du bleu de la mer, du bleu du ciel et du bleu de Santorin, sous un soleil d'été indien, que nous prenons le téléphérique… et soudain… « Comme au ski, Mamaaaan !! »

Et vitesse lumière, ils vrillent complètement — mais là franchement, c’est à se demander ce qui se passe parfois dans leurs têtes…

« Allez, faut qu’on porte nos skis,

— Zayn, faut marcher sur les talons avec tes chaussures.
— Attends, je remets mes moufles.
— Noor, tu peux prendre mes bâtons pendant que je ferme ma combi ?
— Arya, accroche ton casque.
— Bon, on fait direct une rouge ou une petite bleue ?
— On peut aller faire la verte avec les tunnels et après on rejoint Elie, Madeleine, Eleanore et Anne ?
— Allez, préparez-vous, on descend des œufs !
— Papa, tu fais le moniteur ? T’as mis ta combinaison rouge ? »

Et alors que je m'apprêtais à leur dire : « Bon, ça suffit, on n’est pas venus ici pour faire du ski, c’est absurde ! », j’entends leur « moniteur » leur dire : « Alleeeeez, vous me suivez, on fait des viraaaaages bien serrés — et plantééééé du bâtoooooon !!! »

Alors, puisque nous devons marcher 15 minutes avant l’arrêt de bus pour Oia, je vois sous mes yeux un vrai cours de ski : chasse-neige, hop, on prend la petite bosse sur le côté de la piste, virage, saut, ski à l’envers… Ils se tordent de rire tous les quatre et j’assiste, incrédule, à mon premier cours de ski vue mer par 28 degrés. Loin de la neige et des grandes montagnes, transpirants et pas frigorifiés, le cerveau parfois marche en miroir avec un seul élément déclencheur.

Vous allez finir par nous prendre pour des fous, pourtant c’est exactement ce qui se passe — c’est un gros plan de 15 min dans notre journée.
Je vous passe les verres d’eau renversés, les « c’est elle qui a commencé » et les « je veux faire pipi ». Car ces 15 min sont plus précieuses, et c’est aussi ça, voir le monde à travers leurs yeux.

Il y aura leurs questions, leurs incompréhensions, leur fatigue, leurs peurs parfois, mais il y a aussi ce qu’ils expérimentent, et il faut les laisser, je crois.

Parfois, on loupe le début de l’affaire, trop occupés à nos discussions de grands ou noyés dans nos responsabilités (meetings, factures, plannings, courses, organisation…), mais il y a bien deux dimensions. Et si je vous en raconte certaines ici, la plupart du temps, je ne m’autorise pas à pénétrer dans leur monde d’enfant, leur bulle précieuse loin des affaires d’adultes. Toutefois, quand ils nous y invitent, c’est un train qu'il ne faut pas louper… si possible.

Et puis nous avons admiré Santorin, ses petites ruelles, ses terrasses, ses clochers bleus, la mer immense. Et tout redescendu à pied pendant une heure. Fira et Oia.

Thibault et moi avons choisi d’offrir un vrai collier à notre grande fille Noor, en souvenir de son tour du monde (qu'elle gardera peut être pour toujours nous l'espérons). Elle a choisi la branche d'olivier car "trop belle et c'était la meilleure histoire hier".
C’est dans cette bijouterie que la vendeuse, touchée et émue par notre histoire, nous a discrètement glissé un petit mot sur le paquet cadeau.

C’est aussi ça, ce tour du monde : une vague d’amour et de bienveillance qui nous submerge et nous encourage tellement.